21 septembre 2009
La journée d’un prêtre…
Il est
parfois posé aux prêtres des questions qui montrent une certaine méconnaissance
des occupations de leur emploi du temps. Pour répondre concrètement, j’ai
relevé ce qui s’est passé pour moi l’un de ces jours derniers.
Après que
j’aie pris un petit déjeuner et feuilleté le journal qui donne les nouvelles
locales, un premier coup de téléphone retentit. Il s’agit d’obsèques dont les
Pompes Funèbres souhaitent me transmettre le lieu, la date et l’heure et me
donner les premières informations concernant la personne décédée. Je remonte
ensuite dans mon bureau pour prier l’office de laudes avant de rejoindre à 9 h
la chapelle de l’hôpital pour la messe où je retrouve mon confrère Denis et
quelques chrétiens « fidèles ». Vers 9 h 45 je suis de nouveau à mon
bureau, non sans avoir relevé les messages sur le répondeur téléphonique et
l’ordinateur, mais aussi le courrier de la poste déposé par le facteur dans la
boîte, auquel je m’efforce de répondre assez vite.
J’écris
aussi un billet de réflexion quasiment chaque jour, comme un exercice
nécessaire et salutaire.
Venant me
surprendre, un coup de fil me confie une requête inhabituelle : « La
laie (sanglier) qui était la mascotte du stade de Sedan est à bout de souffle. Elle
va être remplacée par une plus jeune. Nous vous demandons de venir la bénir !!! »
« Quand ? » « Demain… » Je réfléchis quelques instants
et décline l’invitation car mon agenda m’empêche de répondre positivement. Et
je préfère orienter cette demande vers le vicaire épiscopal plus en mesure
d’apporter une réponse adéquate.
Un autre
coup de téléphone peu après me demande si la Paroisse serait intéressée par
l’achat d’une photocopieuse plus performante que celle que nous possédons.
J’oriente cette commerciale vers le laïc secrétaire du Conseil Economique. Il
est bien plus compétent que moi dans les questions financières, immobilières et
les matériels que nous utilisons.
Je
m’entretiens ensuite quelques instants avec la personne qui tient la
permanence : les demandes de baptêmes, de mariages, d’inscriptions au catéchisme qu’elle a eues au téléphone ou
à l’accueil du presbytère.
Je déjeune
aujourd’hui à l’école Saint Louis dont je suis l’aumônier. J’apprécie de
prendre mon plateau au milieu des élèves et d’attendre mon tour d’être servi
par des personnes souriantes et aimables de la cuisine. La salle à manger est
calme. Cela me permet quelques contacts que je souhaite simples. Je passe
prendre un café avec quelques enseignants et vais passer quelques instants dans
la cour de récréation avant de regagner le presbytère où des personnes vont
venir me rejoindre pour préparer les obsèques d’un membre de leur famille. Je
commence toujours par laisser les gens parler longuement de la vie du défunt.
Les obsèques religieuses, c’est autant un adieu et l’Espérance de la vie
éternelle qu’un merci pour cette vie accomplie…
Je
retourne l’après-midi à l’école St Louis pour parler avec la directrice et des
adultes volontaires de l’animation pastorale des élèves demandeurs du Message
chrétien ou de propositions de thèmes de réflexion humanistes pour ceux qui
souhaitent s’en tenir là.
Après un
petit dîner vite réchauffé et les infos de la 3ème chaîne, je pars à
une réunion de parents dont les enfants sont en 6ème et feront leur
profession de foi à la veillée pascale le 3 avril 2010 en l’église de Vouziers.
Les catéchistes sont rodés, les parents attentifs et de très bonne volonté. Le
pire, pour moi, serait de ne pas répondre aux vraies questions des enfants tout
occupés à construire leur personnalité intellectuelle, morale et spirituelle.
Ces années de caté constituent une base, un tremplin, pour les aider à
envisager l’avenir avec confiance.
Rentré
chez moi, il est 22 h 30, l’heure de prier avec le Bréviaire et de lire le
journal La Croix. Avant de m’endormir…
Vous savez
tout de cette journée, ou presque !... A chaque jour suffit sa peine et est
offerte sa joie…
09 mai 2007
Le prêtre a choisi le Christ
Rien de la vie du Christ n'est en dehors de son Etre Messianique. Ainsi tout dans ma vie peut faire partie de ma Mission et de mon être sacerdotal. Commencer et échouer, peiner et souffrir, rire et pleurer, prier et me reposer, étudier et parler, tout peut être semence pour le Royaume de Dieu, annonce de la Bonne Nouvelle du salut. Jésus s'invite dans ma prière, la lecture des textes bibliques, dans la relecture de ma vie, dans les personnes que je rencontre, lorsque j'essaye d'approfondir telle ou telle question posée en chemin... Jésus m'habitue à sa présence et, comme un résident d'une maison, il finit par se faire oublier des autres habitants ; il m'arrive de ne plus penser que toute mon existence n'a de sens qu'en sa Présence.
Toutes les nominations, missions, fonctions et autres responsabilités qui peuvent m'être confiées, seraient impossibles si je n'étais lié, allié du Christ, l'unique berger. Le fil de l'amitié intime relie le prêtre et le Christ. Les vertus de pauvreté, d'obéissance et de chasteté que le prêtre s'efforce d'assumer dans la simplicité et la joie ne peuvent être comprises et admises en dehors de cet amour préférentiel et à vie pour le Christ. Il s'agit d'un choix radical qui ne minimise et encore moins méprise tous les autres... Dans le "Toi seul que je choisis" adressé à Jésus, le prêtre retrouve tout être que le Christ aime et l'Humain qu'Il libère.
La Pastorale
Délimiter, approfondir et recevoir cette vocation de laïc contribuera en retour à éclairer et affermir la vocation du prêtre. La mission des ministres ordonnés, à la différence du sacerdoce commun des baptisés, se déploie à l'intérieur de l'Eglise. Les ministres exercent les services de la Parole, des sacrements, de l'unité. L'Eucharistie est l'archétype des fonctions sacerdotales. Elle convie, accueille, rassemble, enseigne, pardonne, allie l'humain au divin, nourrit du Christ , envoie en son nom.
Tout ministre ordonné est pasteur attentif à toutes les composantes de l'Eglise. Il est disponible pour tous. Il rejoint et invite. Il accueille et instruit. Il accompagne et guide. Il contemple et dénonce. Ecoute et parle. Respecte les identités et encourage l'altérité. Il est présent et en route. Il est ici et ailleurs. Il annonce la miséricorde et la justice. La liberté et la responsabilité. Le droit de la conscience et celui de la loi. Il approuve et dénonce. Il collabore et résiste. Il est confiant et lucide. La tâche du prêtre développe en lui une fibre pastorale, caractéristique du Berger référent qu'est le Christ.
La gratuité dans la vie des "consacrés"
Cette exigence peut faire peur au regard des limites et des faiblesses dont chacun(e) a conscience et souvent l'expérience dans sa propre existence. Mais la réponse à une vocation est toujours accompagnée par un don de Dieu "réactivé" à chaque carrefour important du parcours. A cette grâce de l'appel, les prêtres et religieux(ses) répondent par un don généreux et gratuit d'eux-mêmes. Et l'un des signes qui authentifient l'origine divine de leur choix, c'est la joie dont témoigne leur vie, la fidélité, malgré les difficultés, dans laquelle ils demeurent.
Le principe du docteur de la loi Gamaliel peut même être invoqué lorsque, à propos des prêtres du Christ, il déclare devant le sanhédrin : "Si leur entreprise ou leur œuvre vient des hommes, elle se détruira d'elle-même ; mais si vraiment elle vient de Dieu, nous n'arriverez pas à les détruire. Ne risquez pas de vous trouver en guerre contre Dieu" (Actes 5 38-39)
Etre "Pasteur"
Aucun prêtre ne développe en lui une âme pastorale sans être conduit par l'Esprit. Le sens pastoral s'apprend et se reçoit à travers la rencontre et l'accompagnement des gens de tout âge, de toute condition, en toute situation. La page d'Evangile évoquant Jésus ressuscité cheminant avec deux disciples vers Emmaüs témoigne clairement qu'Il est le Pasteur par excellence. Il les rejoint discrètement. Il chemine avec eux, dans leur sens, que pourtant il désapprouvera par la suite. Il les écoute. Il les éveille doucement. Il accepte de demeurer auprès d'eux. Mais au geste de rompre le pain, ils le reconnaissent.
L'on peut tirer de cet épisode quelques critères pour la Pastorale. Il faut d'abord rejoindre ou accueillir les gens là où ils sont, là où ils en sont. Les écouter longuement dans le récit de leur vie faite de peines, de joies et d'espoir, peut-être d'erreurs et de fautes... Les aider à relire les événements de leur existence et en chercher le sens, les appels qu'ils contiennent... Il n'est pas question pour le Pasteur d'être le point de mire ni même la référence, mais de soutenir, nourrir la conscience, l'écoute et la responsabilité des personnes qu'il accompagne.
L'humain est le terrain qu'ensemence l'Esprit Saint. Avoir une attitude pastorale demande d'être attentif et positif devant l'humain. Ne jamais juger ni condamner, et pourtant être vrai, mais avec une grande charité. La doctrine des grands principes rappelée sans tenir compte du contexte juge et exclut. Dans les évangiles, on voit toujours Jésus d'abord pardonner, sauver, avant de rappeler un principe : "Moi non plus, je ne te condamne pas, mais va et ne pèche plus". Annoncer une loi à une personne sans tenir compte de la situation dans laquelle elle se trouve et de son itinéraire personnel, c'est comme éteindre un peu plus une flamme qui cherche à se rallumer. Le Pasteur connaît la loi et l'idéal, mais il doit discerner ce que ses paroles peuvent encourager et susciter, ou au contraire rejeter...
Le Pasteur fait toujours passer les personnes avant les idées et les principes. Cette attitude de miséricorde et de compassion soutient dans les cœurs le désir de changer, de s'améliorer. Agir en Pasteur, c'est être tout à tous. Sans choix ni exclusive. En Paroisse, le Pasteur s'adresse à des personnes qui ne sont pas seulement prises dans leur individualité, mais dans leurs liens aux autres. Etre Pasteur, c'est prendre les moyens que des communautés chrétiennes naissent de ce qui, au point de départ, relève surtout de démarches séparées.
Le Pasteur cultive une liberté intérieure qui le rend disponible et accessible à toute personne, toute situation. Le Pasteur n'est relié et redevable qu'au Christ, le seul vrai Pasteur. Le Pasteur doit être libre économiquement, moralement, spirituellement, intellectuellement et affectivement, sinon il est partisan et parfois prisonnier...
Moins de prêtres ?
Tout le monde sait qu'en France les prêtres se font rares. Les plus âgés, les plus nombreux, acceptent de prolonger l'exercice de leur ministère pastoral jusqu'aux limites de leurs forces. Quelques jeunes touchés par la grâce assurent une relève, disproportionnée cependant aux besoins.
Aussi les évêques et les stratèges de l'Eglise, les observateurs de la société analysent-ils ce phénomène actuel de l'absence de vocations déclarées. Pour les uns, la diminution du nombre des vocations de prêtre est la conséquence du manque de foi et a pour causes la peur de s'engager pour la totalité d'une vie, l'obligation du célibat, le refus d'une existence modeste… Pour d'autres, il y a peu de vocations parce que la mission de prêtre ne s'avère plus assez claire dans le champ ecclésial et pas assez utile sur le plan social ; dans une époque où tout est mouvant, prononcer une promesse qui implique toute la vie apparaît comme une mission impossible voire inconsciente. On retrouve par exemple dans les couples qui ne se marient pas la même résistance à s'engager dans la durée.
Dans une société qui prône haut et fort les valeurs de réussite individuelle, de performance, d'efficacité, de rentabilité, dans l'ambiance d'une culture du résultat quantifiable, le signe de la gratuité, du don et de la grâce porté au nom de Jésus par le prêtre peut passer inaperçu, sembler inopérant voire sans intérêt et même s'avérer gênant pour nombre de nos contemporains pris dans l'étau de la civilisation productive et commerçante.
Pourtant, à n'en pas douter, Dieu continue d'appeler. Car Dieu a besoin des hommes pour faire savoir de quel Amour nous sommes aimés. Chacun(e), suivant sa vocation, apporte dans ses choix et ses engagements une réponse "incarnée" à l'appel que Dieu lui fait. Le Monde a un besoin urgent de celle du "Prêtre", à la suite de Jésus "Pasteur" et Passeur"...
