25 février 2009
Etre tenté...
"Jésus venait d'être baptisé"... Dieu venait ainsi d'authentifier Jésus de Nazareth comme étant son fils bien aimé. Le Père, le Fils et l'Esprit, dans cet événement, se sont "manifestés" unis. Or Jésus doit confirmer et intégrer en lui, ratifier, la Mission qu'il a reçue d'accomplir. Pour cela, il part au désert. Le lieu du manque où l'on ne peut se raccrocher qu'à l'essentiel. Le désert, cet écrin de silence qui rend les oreilles et le cœur plus sensibles à la moindre des brises légères et la parole intérieure. Le désert est un espace déstabilisant, éprouvant, où l'on se retrouve sans protection physique : pas de murs ni de toit pour se protéger des variations climatiques et des menaces et des bêtes sauvages...
A quelque temps de son entrée en scène publique qui va durer 3 ans, en pleine rencontre et confrontation au monde, l'Esprit Saint envoie Jésus en stage d'entraînement et d'endurance. Jésus va au désert expérimenter sa capacité à tenir la trajectoire de sa mission. Ces 40 jours lui donnent aussi de faire pleinement sienne la Mission (à haut risque) reçue de Dieu son Père. "Ma vie nul ne la prend, mais c'est moi qui la donne", dira-t-il un jour.
"Jésus vivait parmi les bêtes sauvages et les anges le servaient", nous dit brièvement St Marc. Cela décrit Jésus comme ayant les pieds réellement sur terre et relié au ciel par les anges qui en proviennent. Avant d'annoncer l'alliance offerte par Dieu à toute l'humanité, il faut à Jésus montrer qu'il a complètement donné son accord à l'incarner en lui, fils de l'homme et fils de Dieu.
"Etre tenté", tout un chacun fait cette expérience dans sa propre vie. Puisque tout être humain a vocation de discerner et de décider en conscience libre et responsable. Or il me semble que la société actuelle, assez désorientée par le contexte de "crise" économique, financière, sociale et morale, constitue un désert qui lâche chacun dans sa solitude comme dans un vrai désert aride, rocailleux, hostile, sans repères et sans vraie protection ni certitudes. Chacun n'est-il pas tenté alors de baisser les bras devant ce qui arrive ? De se tracer des chemins de repli ou de sortie solitaires. Dans la période que nous traversons, nul ne sait ce que va durer cette traversée du désert. Les tentations et les solutions envisagées sont diverses.
Face aux tentations auxquelles il a été soumis, Jésus s'est ressaisi et a choisi. Dans les étapes de crise, ne sommes-nous pas appelés, de toute façon, à nous recentrer sur l'essentiel qui "tracte" nos vies, à nous montrer plus lucides, moins conditionnés, plus libres en conscience et plus responsables, plus sages et plus vigilants. En un mot, être tenté peut déboucher sur une réappropriation de soi... au bénéfice de tous.
Toute tentation est une épreuve et un risque pour une vie conjugale, familiale, professionnelle, sociale. Toute traversée et toute sortie de tentation est aussi une démonstration de ce qui habite les personnes au plus profond d'elles-mêmes.
Au désert
Les Hébreux ont passé 40 ans au désert pour se reconstituer en peuple debout et capable de progresser. Jésus a passé 40 jours au désert avant de commencer sa vie missionnaire. L'appel du désert est encore aujourd'hui choisi comme reconstituant d'une existence plus habitée. Le désert permet d'échapper au stress de la ville, à l'abondance du bruit et du matériel.
Le désert, c'est des dunes et du sable, un horizon infini, mais aussi un sol dur, jonché de pierres difformes, compactes et brûlantes, de rochers lisses et glissants sous le soleil, de terre poussiéreuse. Le désert attire, fascine. Il est immense. Il est Mystère. On y trouve l'enivrement du silence, l'ivresse de la solitude et des grandes étendues, les plaisirs du grand air.
Le désert est intemporel, chacun y perd ses repères temporels et spatiaux. On se retrouve convié à s'asseoir à la table de sa propre vie. Impossible de s'y dérober ou de se mentir. Le désert est appel à se dépouiller. A déposer les masques. A devenir nomade et se mettre en route. Le désert nous apprend à ne pas gémir, à ne pas parler inutilement. Le désert ponce l'âme. Le désert apprend la modestie et le courage, car c'est à la fois un lieu doux et hostile. Au désert, pas d'échappatoire. Le désert oblige à vivre sans béquilles, sans accessoires, sans artifices.
Au désert, on apprend à être seul. A ressentir le frémissement de l'âme. Au désert, on expérimente, face à une certaine cruauté de l'élément naturel, une certaine idée de la liberté et de la fraternité. Au désert se scellent pour toujours de solides et fidèles amitiés. Le désert enrichit celui qui s'y risque de son manque.
08 février 2008
L'entrée en Carême
Au lendemain du Mardi Gras vient le Mercredi des Cendres qui est pour les Chrétiens le temps d'entrée en Carême, une période de quarante jours, - Carême, qui est une invitation à la Pénitence et à la conversion des coeurs. Ces 40 jours évoquent la période de retraite de Jésus au désert avant de commencer, à 30 ans, ses trois ans de vie publique. Ce temps fait mémoire des 40 ans de traversée des Hébreux après leur sortie d'esclavage en Egypte, avant de rentrer en Palestine. Le Carême s'achève au commencement de la Semaine Sainte avec le Dimanche des Rameaux qui célèbre l'entrée solennelle du Christ à Jérusalem. Ce sont d'ailleurs des brins de buis bénis lors de cette célébration l'année précédente qui constituent les cendres posées sur le front des fidèles à l'entrée en Carême.
Dans une société où l'individu ressent un énorme besoin de reconnaissance, où l'Etre passe par le Paraître, le 1er message de Carême surprend : l'être humain n'est que "poussière et cendre", il est voué à l'éphémère et destiné à la mort. Ce rappel de la précarité humaine pulvérise tout orgueil et consume toute prétention à s'accomplir soi-même. Ce deuil de la toute puissance se révèle comme un passage possible vers plus d'humanité en chacun. La poussière peut devenir glaise, la cendre peut devenir braise. Celui qui a été modelé avec de la poussière prise du sol, selon la Genèse, doit continuer à se prêter à l'action de Dieu : "Vous êtes dans ma main", dit le Seigneur, "comme l'argile dans la main du potier" (Jérémie, 18, 6).
Le Carême est donc un recalage hiérarchique de l'être auquel est soumis l'avoir. Le Père Cosmao, fondateur de "Développement et Foi", a écrit : "Le changement le plus urgent est celui d'un meilleur état de notre être." Le Père Arrupe, général des Jésuites dans les années 80, a écrit : "De même que, pour créer la société de consommation, on a commencé par produire et former le consommateur, de même, pour créer une société juste qui permette d'envisager la poursuite du Monde, il faut commencer par créer l'homme de service qui se sente frère des autres et solidaire de tous".
N'oublions pas, enfin, en ce départ pour ce chemin de 40 jours, l'aide que peut nous apporter l'Eucharistie. Le pain partagé nous convertit en hommes et femmes de partage. Participer au Mystère Pascal, n'est-ce pas lutter contre ce qui, en nous et autour de nous; s'oppose à l'amour de Dieu ?
Il n'y a donc pas à s'effrayer de la poussière et de la cendre qui nous collent à la peau. La discipline des quarante jours de Carême consiste simplement à s'offrir au geste du potier et à la brûlure de l'Esprit. A Pâques, un être nouveau façonné par la Parole de Dieu et purifié par le Pardon de Dieu, en sortira.
Carême est un chemin
Carême = 40 jours pour s'entraîner à devenir plus humain et plus chrétien. Pour jeûner de toute dépendance à tel aliment ou boisson, à telle habitude ou attitude, à telle idée fixe, à l'argent ou à ses possessions... Jeûner pour devenir plus libre et moins soumis. Ceux qui s'imaginent tout savoir et se montrent docteurs devant les autres s'efforceront d'écouter davantage. Ceux qui ne parlent que trop rarement par mépris d'eux-mêmes ou crainte du jugement des autres prendront sur eux pour oser s'exprimer.
Carême = 40 jours pour s'entraîner à partager davantage. Ceux qui laissent gagner en eux l'instinct de s'approprier les biens, les idées, et même les personnes, s'exerceront à offrir, donner, partager. Au lieu de tout considérer sous l'angle du profit pour soi jusqu'à l'égoïsme, chacun n'est-il pas appelé à élargir son esprit et dilater son cœur ?
Carême = 40 jours pour prier plus souvent. Prier en toute circonstance et en tout lieu. S'exercer au silence et au recueillement. Prier pour offrir, remercier, se confier, demander pardon. Prier seul, mais aussi en groupe, ou en se joignant à la communauté paroissiale qui se rassemble le dimanche.
Carême : c'est aussi 40 jours pour demander pardon ou l'accorder. Pour faire les premiers pas en vue de se réconcilier. Carême nous invite à reconnaître nos fautes, à les regretter, à recevoir le sacrement du Pardon, à se convertir et changer, s'améliorer avec la grâce qu'apporte avec lui l'Esprit qui fait toute chose nouvelle en celui qui l'accueille.
