Les billets du Père Lucien Marguet

Chroniques et billets de réflexion sur des thèmes religieux, de société et d'actualité

31 janvier 2009

Accompagner les adolescents

Assez souvent des parents confient leur embarras et leur désarroi devant le comportement étonnant et déroutant de leur enfant en pleine période d'adolescence. Ils le voient changer sur les plans physique, affectif, psychologique... Ses attitudes, ses réactions, sont devenues imprévisibles. Il peut en un instant passer de la délicatesse à la brutalité, de la gentillesse à l'agressivité, de la volubilité au mutisme. Il peut s'enthousiasmer, puis basculer vers un état inquiétant de tristesse profonde. Il peut avoir de l'audace, du courage pour travailler, et tout à coup s'enfermer dans sa chambre comme prisonnier de ses rêves et ses désirs qui le replient sur lui. Il peut fréquenter plein d'amis et même les présenter à ses parents, et les perdre rapidement pour des raisons obscures. L'émotion le gagne et le paralyse ou déclenche en lui des élans incontrôlés. Sa vie affective influence ses relations tant amicales que familiales. L'amplitude de ses fréquentations amicales modifie d'autant celles à ses proches.

La vie d'un adolescent est comme en transit entre l'enfant qu'il n'est plus et l'adulte qu'il aimerait déjà être, tout en craignant de ne pas y arriver en ayant perdu les avantages de son âge précédent. Car il ressent que "grandir", se développer, c'est susciter un autre regard et d'autres attentes de la part des adultes qui l'entourent...

Or l'adolescence est une séquence de l'existence indispensable, bouleversante et merveilleuse. La bonne façon, me semble-t-il, d'aider les ados, demande de porter sur eux un regard bienveillant mais dénué de toute démagogie, d'avoir avec eux une relation de vérité, de disponibilité, d'écoute, sans intervertir les rôles. Il faut fuir les jugements de valeur qui les retrancheraient encore plus dans une posture défensive d'assiégé. Il ne faut rien minimiser ni majorer, ni dramatiser, ni baisser les bras. Il faut être discrètement et réellement présent, disposé à écouter dans une confiance sereine. Il faut avec eux analyser des situations dans lesquelles ils se trouvent, dévoiler ce qui est caché et discerner quel chemin de "bien" est préférable pour eux.

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23 mai 2008

Eduquer la conscience morale

D

ans l'éducation des enfants, celle de la conscience n'est pas la moins importante. Elle permet en effet d'apprendre à discerner le bien et le mal, et de faire le meilleur choix. A savoir celui qui sera possible, profitable à soi et aux autres, qui fera progresser l'enfant de corps, d'esprit et de cœur. Exercer sa conscience, c'est devenir toujours plus capable de se diriger par soi-même et donc développer l'autonomie de la personnalité et la capacité à prendre des initiatives.

Une conscience est éclairée quand elle sait prévoir les conséquences des actes, des paroles, des comportements. Quand elle sait évoluer et mobiliser l'énergie et le courage, la confiance que demande telle ou telle décision. La conscience a besoin d'être informée des lois, des droits, des interdits qu'il est recommandé de respecter, des pièges et mirages qu'il faut par contre éviter. La conscience des enfants et des jeunes a besoin d'être téléchargée de repères, bornes, signaux, qui leur permettent d'apprendre à piloter leur existence, de choisir, d'agir et de s'y tenir avec endurance et ténacité. Activée, la conscience se développe et rend responsable. Ignorée, elle ressemble à une terre en jachère, où les mauvaises graines apportées par les vents dominants vont pousser facilement.

Mieux vaut prévenir par une éducation ferme et claire qu'essayer de guérir quand les signes d'une vie sans boussole ni gouvernail font craindre un naufrage. N'est-il pas insensé de penser que les enfants découvriront la bonne route sans l'aide de quiconque ? N'est-il pas illusoire et même coupable de ne pas leur apprendre les règles permettant de construire une vie personnelle réussie au milieu des autres ? Il est plus que nécessaire de ne jamais oublier de développer la conscience morale que chacun détient en lui.

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27 janvier 2008

Au moins une Bible par famille

Le don de vie que

la Bible

peut offrir à la personne en recherche est à l'image de l'eau fraîche que fournit une source au passant qui s'y penche pour étancher sa soif. Ce recueil de livres et de paroles est le support d'une histoire humaine où Dieu s'est mêlé. Aussi

la Bible

est-elle à la fois révélation de Dieu et découverte de l'homme.

La Bible

, c'est porte entrouverte sur Dieu et sur l'homme à devenir et faire advenir. Il fut un temps où l'accès aux textes sacrés n'était pas très aisé. Aujourd'hui, les enfants du catéchisme, beaucoup d'adultes, possèdent une Bible. Préparer son mariage, le baptême d'un bébé, accompagner des enfants dans leur catéchèse, choisir des textes, invite chaque fois à ouvrir

la Bible.

Voilà

bien des occasions qui invitent tout "curieux" de Dieu ou chercheur de vérité à se "procurer" une Bible. Qu'au moins chaque famille possède une Bible, ce souhait n'est-il pas légitime ?

A Charleville comme à Reims existe une librairie religieuse où tous les conseils seront donnés pour choisir le "livre" le plus édité du monde.

Invité le soir de Noël dans une famille, j'étais heureux de voir un jeune couple ravi de recevoir en cadeau une belle Bible de Jérusalem. Et, dans une autre famille, on me disait que des parents avouant une certaine incompétence avaient demandé à des proches, lecteurs assidus de

la Bible

, d'expliquer à leurs trois enfants l'origine de la célébration de Noël. Les enfants s'étaient montrés particulièrement intéressés et touchés par ce qui leur avait été transmis.

Certes

la Bible

n'est qu'un Livre. Elle n'est qu'un moyen de fréquenter des personnages dont le visage et la vie reflètent la présence de Dieu. Dont le fils Jésus est le visage humain du Dieu invisible.

Chacun peut ouvrir sa Bible chez lui. Mais le livre des chercheurs de Dieu peut aussi être ouvert en groupe. Alors chacun(e) peut partager ce que l'Esprit Saint fait naître en lui.

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15 octobre 2007

Une étape décisive dans la vie

Il peut arriver à certains parents, en particulier aux mamans, parvenus à l'âge de la vie qui voit les enfants quitter le nid, de ressentir comme une "panne de sens" qui les anéantit. Longtemps occupés à temps complet par le présent et l'avenir de leurs enfants, attentifs à leurs désirs et leurs besoins, préoccupés de leur développement physique, moral, intellectuel et spirituel, à l'écoute de leurs "bobos", soucieux de leur orientation, ils leur ont donné tout le meilleur d'eux-mêmes, parfois jusqu'à l'excès et l'oubli de soi et de leur couple.

Un jour arrive où ces parents se retrouvent à deux, sans toujours s'être rendu assez compte que chacun avait changé... Leur histoire a connu comme une longue parenthèse où les enfants occupaient tout le temps. Et chacun en vient parfois à faire retour sur soi et à s'interroger vivement ! "¨Pourquoi ai-je tant donné ? N'ai-je pas négligé de m'occuper de moi, de nous ? Je me sens vidé, comme asséché..." Tandis que les enfants tracent leur chemin et nouent leurs relations, les parents ressentent comme une nécessité vitale de "recaler" leur vie.

Il peut même arriver que cette étape chamboule la foi jusque là axée sur le devoir de la transmettre aux proches et qui tout à coup se réduit à ne plus la vivre que pour soi. Et si d'aventure les signes religieux ne sont pas probants chez les enfants, le doute et même la culpabilité d'avoir failli à son rôle de parents peut ajouter à la "déprime". La tentation existe alors de regretter les choix de vie passés.

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23 mai 2007

Transmission en famille

La plus pertinente et la plus imprégnante des transmissions se déroule en famille. La liste est longue des grands et petits événements, des attitudes et des comportements, des paroles et des actes qui sont « la marque » et l’ambiance d’une famille. La façon dont se parle et dialogue le couple, dont les parents écoutent et parlent avec leurs enfants, les thèmes les plus souvent abordés - la politique, la religion, la famille, le travail, l’école, les résultats, les échecs, les réussites, les projets, l’argent…- , les commentaires faits sur la pensée et la vie d’autrui, les jugements, les préjugés, les médisances, qui traduisent parfois le mépris et discréditent telle ou telle personne ou catégorie sociale. Le ton des conversations, qui peut être positif ou négatif, constructif ou destructeur. Même le son de la voix et le ton auquel on recourt, qui peut exprimer le calme, la sérénité, la paix, ou l’agressivité, la violence. Même les petits captent les mots, sans toujours les comprendre.

Si en famille on ne prend pas ce qui est raconté pour argent comptant, s'il faut apporter les preuves de ce que l'on avance, si on s'efforce d'analyser les raisons et les causes, les conséquences d'un événement, d'un comportement, si on apprend à discerner et expliquer selon des critères objectifs et explicites, si en famille on est tenus à être libres, mais aussi vrais..., une transmission se fait dans le quotidien de la vie commune.

Qui est accueilli dans la maison ? A quelles conditions et de quelle façon ? Les portes, les fenêtres, le courrier, le téléphone, la boîte e-mail, donnent-elles des signes d’ouverture, de bienveillance, d’accueil, d’intérêt porté aux autres ? A la famille élargie ? La famille, protégée ou lieu d’apprentissage et de fréquentation de la diversité et de la différence dont le monde grouille ? La place des livres, des revues, des médias audio et télé. Ce qui est favorisé ou au contraire écarté, les raisons alors invoquées des choix. Les commentaires exprimés, la place donnée à la liberté de conscience, d’analyse. Le partage des tâches et des responsabilités, comme des idées et des convictions les plus personnelles.

Cette forme de transmission est le plus souvent diffuse, de temps à autre plus explicite à l’occasion d’événements marquants. Elle peut inviter à intégrer et faire sien ce qui a été offert, ou au contraire inciter à rejeter peu à peu, ou violemment.

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12 avril 2007

La famille, lieu de la gratuité

La famille a sa source dans l'amour d'un couple. Ni fusionnel dans lequel l'on est fondu dans la personnalité de l'autre, ni conditionnel comme s'il était soumis aux variations des circonstances, des événements et de l'environnement fluctuant d'une vie, l'amour d'un couple se donne normalement à vivre "dans le meilleur et dans le pire". Dans ce sens, il est gratuit et inconditionnel.

Or cet amour conjugal dans le couple et en couple est la source de la conception, de la naissance, de la croissance d'un enfant. Personne n'oblige un couple à prendre cette initiative et cette responsabilité de transmettre la vie. Il s'agit d'un don. Il est gratuit. Dieu lui-même fait à un enfant conçu le don d'une âme personnelle dont la destination est éternelle. Lorsque l'enfant paraît, nul ne sait ce qu'il devra vivre. Tout ce qui est fait pour lui repose sur la confiance, vertu cousine de la gratuité. Fonder une famille, se charger d'instruire, d'éduquer des enfants, est de l'ordre du service désintéressé. Aucun calcul, aucune stratégie commerciale ou financière n’entre en ligne de compte.

Le don préside aux relations "familiales", des parents aux enfants et réciproquement. La fratrie est initiée et invitée à inspirer leur vie commune à l'aune du don mutuel. Du coup, la cellule familiale constitue une école de l'amour, filial, fraternel et social. On y trouve normalement le bonheur de recevoir et de donner, de faire plaisir et de se réjouir de la socialité. On y apprécie les différences qui, au lieu d'être des menaces ou des moyens de dominer, deviennent des occasions de servir et d'associer les talents. Dans le lien familial s'aiguisent les sentiments, s'expriment les qualités et se polissent les défauts. Avec une seule contrepartie : celle d'être aimé et d'aimer dans la gratuité.

Toutefois, la famille a ses limites et même ses inconvénients lorsqu'au lieu de fournir aux enfants les capacités de se confronter à la vie sociale, à se débrouiller dans une vie autonome, elle devient un étouffoir de liberté et d'audace, leur rogne les ailes qui devraient leur permettre de prendre leur envol.

N'est-ce pas ce piège de la famille que dénonce en sous-entendu Jésus lorsqu'un jour on lui annonce que sa famille le cherche et désire le voir ? Jésus répond en public : "Qui sont ma mère, mon père, mes frères et mes sœurs ? Ce sont tous ceux qui font la volonté de mon Père qui est aux cieux". La famille est un lieu transitoire où chacun(e) reçoit gratuitement les principaux bagages pour "faire sa route".

Posté par lucien marguet à 15:22 - Famille - Commentaires [0] - Permalien [#]
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